Modifié le 17 octobre 2026 par Lionel Moreau

#1 LA DÉFINITION


L’expression «photographie d’architecture» suppose à la fois un sujet (l’architecture) et un outil (la photographie).
Plus précisément, cette pratique se limite à la prise de vue d’un édifice, du point vue intérieur ou vu de l’extérieur, dans sa forme complète ou partielle. Il est également admis dans ce genre, la prise de vue d’un ensemble architectural, qu’il soit cohérent ou non.

Il est important de bien distinguer la photographie architecturale par rapport au genre du paysage urbain ; ce dernier s’intéressant à l’urbanisation dans son ensemble, et donc aux éléments constituant une zone citadine (la rue, la signalétique, les affichages publicitaires, les statues, les bâtiments, les zones vertes, etc).

#2 – LA QUESTION MATÉRIELLE


Il existe pour le photographe d’architecture plusieurs possibilités lorsqu’il s’agit de choisir son matériel ; cela va d’un dispositif spécialement conçu pour cette pratique (et onéreux), à une solution plus polyvalente (mais également plus abordable).

  • La chambre technique : ce dispositif permet l’enregistrement de l’image sur un grand support (jusqu’à 20x25cm). L’avantage évident de ce large format sera une précision, et une finesse d’image accrue.
    Mais la chambre technique offre également la possibilité de rectifier les déformations engendrées par la perspective et liées au positionnement de l’appareil par rapport à l’édifice. Grâce aux mouvements que peuvent opérer les deux plans de l’appareil (avant et arrière), le parallélisme des lignes de l’architecture peut-être ajusté, et le plan de netteté de l’image peut être déplacé.

L’objectif à décentrement : ce type d’objectif sera une excellente solution pour s’adonner à la photographie d’architecture. En effet, l’optique à décentrement permet, comme sur une chambre technique, de rectifier les déformations liées à la perspective, et d’ajuster le plan de netteté de l’image.

  • Le matériel de base : Le matériel évoqué ci-dessus représente des solutions coûteuses, et uniquement destinées à effectuer des clichés de précision. Ces dispositifs ont également comme défaut une mise en place relativement lente et complexe, empêchant un usage dynamique ; il sera absolument nécessaire d’utiliser un trépied, et de s’accorder du temps supplémentaire pour régler le décentrement.

    De ce fait, pour des raisons de polyvalence, de praticité ou de budget, une option consistera à utiliser un matériel “standard” (également adapté à la pratique de divers genres photographiques).


    Cependant, il existe tout de même quelques indispensables pour pouvoir s’adonner, sans frustration, à la photographie d’architecture :
  • Un objectif grand angle, entre 20mm et 35mm (rapport 24x36mm), afin de pouvoir cadrer un grand ensemble lorsque la possibilité de recul par rapport au sujet n’est pas suffisante. Malheureusement, ces focales engendreront souvent de la distorsion.
  • Un objectif standard, d’environ 50mm (rapport 24x36mm), afin de pouvoir limiter la distorsion (à utiliser lorsque le recul par rapport au sujet le permet).
  • Un trépied de bonne qualité, robuste, et qui verrouille correctement l’orientation de l’appareil.
  • Un programme de retouche, de type Lightroom ou Photoshop, pour corriger les déformations et distorsions en post-traitement.

#3 UNE GRANDE VARIÉTÉ D’APPROCHES


Que le but soit une représentation objective de l’édifice, ou une approche plus esthétique de l’architecture, il est évidemment nécessaire de faire le choix du point de vue, de la lumière et du type de composition. En ce sens, évoquons quelques possibilités d’approches, aux esthétiques, et aux points-de-vue différents :

L’image descriptive et rigoureuse

Lorsque l’intention est de représenter l’architecture avec précision et de manière objective, la rigueur de prise de vue, et la gestion technique seront au cœur de la démarche ; il faudra donc veiller à ces quelques points :

  • Utiliser un trépied.
  • Choisir la sensibilité ISO la plus basse.
  • Choisir son ouverture optimale pour un piqué maximum et une image homogène (dépendant de l’objectif, mais approximativement à f/8), ou choisir l’ouverture en fonction de la profondeur de champ désirée.
  • Mettre au point à l’hyperfocale, pour une profondeur de champ maximal (et jusqu’à l’infini).
  • Utiliser la mesure lumière Évaluative (Matricielle chez Nikon), et si besoin ajuster l’exposition à l’aide du correcteur d’exposition.
  • Prendre du recul par rapport au sujet (si possible) pour éviter l’utilisation d’une focale trop courte (ce qui engendrerait de la distorsion).
  • Garder le capteur parallèle à la surface du bâtiment, une inclinaison par rapport à ce dernier engendrerait une fuite des lignes.

L’image épurée

Ce genre de composition permettra de concentrer l’attention sur une forme / une géométrie choisie par le photographe. L’architecture sera ici tronquée, et l’image représentera une vision plus subjective et personnelle de l’édifice.

L’image plate et décontextualisée

Cette technique de composition a été massivement utilisée par le photographe Lewis Baltz ; elle consiste à capturer des “échantillons” d’architecture, sans laisser apparaître le volume ou la forme globale de l’édifice, rendant de ce fait le sujet aussi inidentifiable que possible…

La symétrie mise en valeur

La symétrie est omniprésente dans l’architecture, et n’attend que d’être repérée et sublimée par le photographe ! Afin de souligner ce trait esthétique de l’architecture, il sera indispensable de produire une image précise, et rigoureuse géométriquement.

L’image graphique et complexe

Il s’agira ici d’une représentation très subjective de l’architecture, et d’une composition dont le sujet évident sera la géométrie, les formes, les lignes. L’image devra également être complexe ; soit douée d’une forme abstraite, soit très dense.

#4 L’ ASSEMBLAGE NUMÉRIQUE


Afin d’uniformiser l’exposition d’une scène très contrastée, ou d’augmenter artificiellement l’angle de vision d’un cliché, il existe respectivement la technique du “HDR” et du “Stitching” (Panorama).

Le HDR

Fréquemment utilisée par les photographes d’architecture, la technique du HDR est très utile pour déboucher les ombres et les hautes lumières dans une scène à fort contraste ; par exemple un bâtiment à contre-jour, ou un intérieur sombre avec des fenêtres.
Son fonctionnement consiste à combiner plusieurs clichés de la même scène, à différents degrés d’exposition ( correction d’exposition).
Voici en substance comment procéder pour réaliser une image “HDR” :

  • Réalisez le cadrage désiré à l’aide d’un trépied
  • Réalisez quelques photographies, au cadrages identiques, et à des degrés d’exposition différents (par exemple -4 IL, -2 IL, +2IL, +4IL)
  • Importez les images dans le logiciel Lightroom ou Photoshop, et servez-vous de la fonction de création HDR.
Résultat de la combinaison HDR avec effet “naturel”

Résultat de la combinaison HDR avec effet “naturel”

Résultat de la combinaison HDR avec effet “art”

Résultat de la combinaison HDR avec effet “art”

Le Stitching ( le panorama)

Cette technique consistera à combiner plusieurs images, bout-à-bout, afin de créer une plus large vue. Les avantages du « stitching » (Panorama) seront :

  • La possibilité de capturer un sujet plus largement, et de plus près.
  • La possibilité de rectifier les déformations sans recadrer dans le sujet.

Voici en substance comment procéder pour réaliser un “stitching” :

  • Choisissez un sujet adéquat, par exemple une tour d’immeuble.
  • Montez l’appareil sur trépied.
  • Choisissez une focale, et adaptez votre distance afin de cadrer le sujet. Ne modifiez pas la focale et la distance entre les différents clichés.
  • Ajustez votre exposition en mode manuel.
  • Réalisez la série de clichés. Prenez soin de laisser de la “marge” en bas / en haut du bâtiment, et de ne pas “poser” l’extrémité du cadre sur la même ligne que l’extrémité de la photo précédente.
  • Après importation des images sur votre ordinateur, servez-vous du programme Photoshop et de l’outil “Photomerge”, ou de Lightroom et de l’outil “Panorama”.

#5 QUELQUES GRANDS NOMS DE LA PHOTOGRAPHIE D’ARCHITECTURE


Albert Renger-Patzsch (1897-1966) : Ce photographe allemand est un des principaux représentants de la Nouvelle Objectivité des années 1920. Ses photographies dépeignent une vision géométrique et stricte de l’édifice ; son point de vue est minimaliste, axé sur l’essence de l’architecture, à savoir sa géométrie. Son sujet de prédilection est le bâti industriel.

Hervé Lucien (1910-2007) : Photographe français moderniste, il collabora avec Le Corbusier comme photographe officiel de ses constructions. L’esthétique graphique de Lucien est si poussée qu’elle tend souvent vers l’abstraction géométrique.

Ezra Stoller (1915-2004) : Photographe américain, architecte de formation, qui a documenté l’émergence de l’architecture moderniste aux États-Unis.

Bernd et Hilla Becher (nés dans les années 1930) : Ce couple de photographes allemands a réalisé un inventaire du bâti industriel européen : silos, puits de mine, hauts-fourneaux, gazomètres, châteaux d’eau… C’est avec une volonté d’objectivité, et un protocole de prise de vue rigoureux, que les Becher fondent un mouvement : la Nouvelle Objectivité allemande.

Candida Höfer (1944) : Elève de Bernd et Hilla Becher, elle traite exclusivement de l’architecture intérieur des bâtiments. Höfer est obsédée par les espaces théâtraux, grandioses, et symboles des plus hautes sphères économiques et culturelles de notre société. Elle compose ses images symétriquement, sans distorsion, sans déformation, et utilise une chambre 20×25 afin d’obtenir une grande résolution d’image.

Lewis Baltz (1945-2014) : Ce photographe américain est fasciné par les constructions standardisées, et utilise la photographie pour les représenter de manière froide et austère. Ses images s’apparentent le plus souvent à des échantillons d’architecture, prises de face, sans volumes, graphiques, et aux lignes radicalement droites.

Hiroshi Sugimoto (1948) : Ce photographe japonais a consacré une partie de son oeuvre à la photographie d’architecture, mais sous une forme un peu particulière : les images sont floues. Le concept est étonnant, et va à l’encontre de ce que devrait être une “bonne” photographie d’architecture ; détaillée et précise. Cependant, le flou de ses images nous ramène à l’essentiel, à l’essence même des bâtiments, c’est-à-dire leurs formes.

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